Quelle est l'origine de la fondation ?




Tanger, février 1987. Qui est Elisa Chimenti?

Le Vice-Consul d'Italie, Gianfranco Zanetti, demande à Emanuela Benini – c'est son premier soir au Maroc, en mission pour la Coopération Italienne – à cause de son enthousiasme de découvrir Tanger, de se lancer dans une entreprise bénéfique pour la ville: la re-découverte d'Elisa Chimenti, morte avec sa prodigieuse mémoire de ce lieu magique, en 1969. Pour ce faire, ils rendent visite dès le lendemain au couple Benchekroun qui vient de remettre à jour, lors d'un déménagement et de quelques inondations domestiques, les documents qu'ils détiennent, dans des valises anodines que l'héritier Walter Rohmer avait confié à Ahmed Benchekroun après l'enterrement de Madame Chimenti, des feuillets épars qui pourraient être … des inédits, dont la famille et lui-même avaient bien connu Elisa qui avait su si bien valoriser ses talents, de journaliste et agrandi ses savoirs.

L'idée d'une Fondation au nom d'Elisa Chimenti qui relance sa voix et sa mémoire et qui oeuvre pour valoriser les talents des femmes et des jeunes de Tanger devient une priorité, non seulement pour la ville de Tanger dont les Benchekroun se faisaient porteurs, mais pour Emanuela Benini, pour l'Ambassadeur d'Italie, Antonello Pietromarchi - qui relance le Palais des Institutions Italiennes à Tanger pour dédier une salle à Elisa Chimenti - et pour quelques décideurs au Ministère des Affaires Etrangères à Rome: mais la priorité n'était alors ni aux talents des jeunes, ni aux femmes ni à l'acuité de leur regard sur le monde. Emanuela n'oubliera pas son engagement.


Agadir, novembre 1996. Où est la trace d'Elisa Chimenti?

Amenée au Maroc au hasard d'un projet de pêche, Emanuela demande l'Ambassade d'Italie de lui trouver une personne en mesure de démarrer la recherche sur Elisa Chimenti à Tanger, en commençant par les Benchekroun. C'est le début du "carré" au coeur de notre Fondation.

Maria Pia Tamburlini, enseignante de latin en secondaire à Udine, près de Trieste et depuis quelques mois à sa première expérience étrangère, elle est lectrice à l'Université de Rabat. Elle répond à l'appel et avec sa collègue Mirella Menon elle monte à Tanger chaque week-end pour travailler avec Olga et Ahmed Benchekroun, chez eux, et enregistre tous les témoignages possibiles sur Elisa, et découvre au Maroc une partie de ses oeuvres publiées. Emanuela recueille les oeuvres d'Elisa éditées à Paris, à New York, en Espagne et recueille les témoignages italiens.

Emanuela et Maria Pia ne se rencontreront que bien plus tard, mais chaque semaine elles s'envoient des mètres de fax: dans ces longs rouleaux le personnage qui s'en échappe - comme le génie de la lampe - est vibrant, humain, inlassable, si sage et si espiègle, et son œuvre est un trésor, Elisa semble avoir compris avec un siècle d'avance la donne et les défis de notre fin de millénaire, une voix de femme qui ne peut rester enfouie plus longtemps. Maria Pia avait déjà oeuvré pour faire connaitre Tina Modotti, frioulane comme elle. Emanuela, italo-française, s'intéressait aux femmes voyageuses et avait vécu dans bien des villes multiculturelles.


Bologne, février 1997 et Chefchaouen, septembre 1998. Pourquoi Elisa Chimenti?

Emanuela Benini s'occupait entre autres, à la Coopération Italienne, d'éducation au développement, et il était urgent à l'époque de faire comprendre, en Italie, cette autre rive d'une même Méditerranée, et les personnes qui en immigraient et pourquoi. Ainsi, avec le matériel recueilli par Maria Pia et Emanuela et sous la coordination d'Emanuela, naissent les projets de la Coopération Italienne: Femmes Méditerranéennes avec la ONG GVC de Bologne – parce que les écrivaines du sud de la Méditerranée, et Elisa Chimenti bien avant elles, savent analyser sans préjugés la condition des femmes et les contextes où elles évoluent, et Migrations Mediterranéennes de la ONG AICOS de Milan, qui par les regards croisés rendait compte de la migration italienne en Afrique du Nord pour comprendre la migration actuelle dans l'autre sens. Le prof. Anissa Chami de l'Université Ain Chok de Casablanca a encadré une recherche par ses élèves sur (tous) les articles d'Elisa Chimenti sur Le Journal de Tanger et Maroc Monde. Bien d'autres projets méditerranéens voient le jour sur cette lancée.


Rome, Bologne, Forlì, Naples, Catane, Tanger, Turin, Milan, Gênes, Sassari, de 1998 à l'an 2001. Elisa Chimenti re-nait et re-meurt.

Les conférences où la vie et l'oeuvre d'Elisa Chimenti et d'autres femmes méditerranéennes sont divulguées se multiplient, de nombreuses femmes de migration, de culture, de féminisme, de lettres, de coopération, des administrations publiques et de la société civile se rencontrent et racontent et se racontent, et le site arabroma.com en rend compte. Le livre Al cuore dell'harem e/o, traduit par Emanuela Benini, en partant des ébauches d'Esther Meloni et Maria Pia Tamburlini, des premières œuvres en italien où des éléments arabo-judéo-berbères entrent dans la langue italienne – grâce au travail coude à coude avec Zouhir Louassini d'arabroma - qui est le patrimoine partagé de centaines de milliers d'immigrés de la rive sud de la méditerranée, a le pouvoir de faire reconnaitre aux femmes marocaines que leur quotidien est de la culture et aux femmes italiennes que la sagesse vient de la stupeur de l'univers et de l'écoute. Le livre reporte dans les remerciements la liste des très nombreuses personnes qui se sont passionnées pour Elisa Chimenti et qui ont œuvré pour la faire connaitre; le résultat, pour certaines femmes ayant été une plus grande confiance en soi et en son propre devenir. Nombre d'étudiantes demandent à faire des thèses sur Elisa Chimenti. Les noms des dizaines de personnes qui se sont impliquées dans cette aventure sont reportés à la fin de l'édition de poche de « Al cuore dell'Harem » éditions e/o, 2001.

Les 11 manuscrits reconstitués par Olga Benchekroun, Maria Pia Tamburlini et Mirella Menon sont confiés au Consulat d'Italie à Tanger. Un nouveau projet de valorisation du Palais des Institutions Italiennes comme Maison de la Méditerranée, avec pour moteur la Fondation Elisa Chimenti, malgré les efforts de l'Ambassadeur d'Italie, de représentants de la société civile italienne, de nombre de Régions et même de la Chambre des Députés, périclite; le Vice-Consulat d'Italie à Tanger est fermé à l'été 2001; la donne internationale change.


Casablanca, 2005-2009. Elisa Chimenti, maintenant!

Le nouveau Consul Général d'Italie à Casablanca, Nicola Lener, compétent consulérement pour Tanger, relance le Palais qui est désormais loué pour des évènements d'envergure et il réussit enfin à constituer la Fondation, sous le patronage de la Princesse Lalla Oum Keltoum Abdelaziz et de l'Ambassadeur d'Italie. Les manuscrits ré-émergent des archives de l'Ambassade, grâce à Maria Pia Tamburlini, encore une fois en feuillets épars, Olga reprendra le travail infatigable de leur reconstitution et classement.


Tanger, 3 mars 2010, la Fondation Elisa Chimenti.

La Fondation Méditerranéenne Elisa Chimenti est constituée avec le «carré» qui a œuvré pendant toutes ces années (voir membres fondateurs) et parmi les membres fondateurs on retrouve des tangérois, dont des témoins d'Elisa, et l'ancien Ambassadeur du Maroc en Italie S.E. Tajeddine Baddou.



De ses 3 Objectifs statutaires . . . découle sa focalisation (en germe):

les savoirs et les talents,

s'intéresser en priorité aux 15-25 ans,

établir un pont entre l'Italie et le Maroc, l'étendre à la Méditerranée.