Histoire des oeuvres d'Elisa Chimenti





Texte de Maria Pia Tamburlini, traduction d'Hélène Lô.

L'aventure de la renaissance des œuvres d'Elisa Chimenti revêt quelque chose d'incroyable, tel le phénix de la légende renaissant de ses cendres. Olga Benchekroun, l'épouse d'Ahmed Benchekroun, Secrétaire littéraire de l'auteure nous fit part de quelques anecdotes de cette aventure qui semble tenir du miracle.
A la mort de l'écrivaine, personne ne pouvait penser que dans le désordre de la jungle de livres et de documents manuscrits et autres, des œuvres pour la plupart inédites, étaient séparées, classées dans des sacs transparents en plastique, et semblaient attendre leur heure comme le génie d'Aladin dans sa lampe espérant son sauveur. L' héritier et exécuteur testamentaire, son neveu Walter Rohner, habitant en Suisse, mais se trouvant alors alité dans un hôpital en Espagne ayant laissé toute latitude aux représentants de la famille Chimenti pour décider de toutes les affaires dans la maison de sa tante, ils décidèrent que Mr Ahmed Benchekroun pût disposer de tout le contenu de la maison à savoir meubles, livres, documents et de distribuer à sa guise aux domestiques ce qui pouvait leur plaire en souvenir de leur défunte et chère maîtresse . Au moment de libérer cette maison qui appartenait à l'administration des Domaines de l'Etat marocain, Ahmed Benchekroun garda religieusement et précieusement les manuscrits et documents photographiques chez son père.
En 1969, quelques mois après le décès d'Elisa, il se marie et en même temps dut faire face à une activité professionnelle effrénée tant dans le Journal de Tanger qu'aux Editions Marocaines & Internationales ; il ne perd pas de vue pour autant les manuscrits et documents d'Elisa Chimenti pensant à l'époque qu'il ne s'agissait que des documents autographiques d'œuvres déjà édités et d'albums de photographies dignes d'appartenir à un « Musée Elisa Chimenti » ; ce n'est qu'avec le temps et au hasard de lectures de curiosité, en souvenir et en sentiment de nostalgie, que lui et son épouse se rendirent compte de l'existence d'œuvres manuscrites inédites dignes d'être protégées avec esprit de sacré, et dignes d'être publiés sous la plume posthume de l'auteure, sa « mère spirituelle » à qui il devait tant. Fort heureusement Elisa Chimenti, ayant connu de son vivant, des problèmes de manque d'étanchéité dans sa vieille demeure, protégeait ses écrits et manuscrits dans des sacs en plastique épais et transparents, initiative heureuse qui sauva miraculeusement ces documents durant des déménagements.
En 1986, la rencontre avec Emanuela Benini en mission à Tanger pour le Ministère des Affaires Etrangères sera décisive car les deux époux lui expriment le désir manifesté par l'écrivaine d'être connue aussi en Italie. Mme Benini, enthousiasmée et touchée par la vie insolite, l'esprit cosmopolite, et l'idéal humaniste de l'auteure, conçut alors un projet pour l'éducation au développement en collaboration avec l'ONG GVC de Bologne, projet qui ne vit le jour qu'en 1997.
Le travail de triage, de sélection, en vue du catalogage futur dura presqu' un an et permit de retrouver cinq œuvres éditées et une vingtaine d' œuvres inédites, rédigées dans différentes langues, mais surtout en français, d'un grand intérêt, non seulement du point de vue littéraire, mais aussi historique et anthropologique: une profusion d'informations et de renseignements concernant l'époque de la Tanger internationale, du protectorat espagnol et de l'Indépendance et aussi les traditions et les croyances du Maroc préislamique, arabe et des trois religions monothéistes, qui cohabitaient alors pacifiquement dans le Pays.
Des étudiantes de l'Université Hassan II Aїn Chok de Casablanca, dirigées par Anissa Chami - Professeur Master Genre, Société et Culture en Méditerranée - ont continué un an plus tard le catalogage d'une partie des écrits d'Elisa Chimenti, parus dans Maroc Monde et dans Le Journal de Tanger, deux des nombreux titres de presse avec lesquels elle collaborait. Les œuvres, confiées au Vice-consul d'Italie à Tanger pour les sauvegarder, lors de la fermeture du Vice-Consulat en 2001, avaient été transportées avec tous les autres documents, on ne savait où et viennent d'être récemment retrouvées dans les archives de l'Ambassade d'Italie à Rabat.
Après l'institution de la fondation le 3 mars 2010, un nouveau catalogage, encore incomplet, a été confié à Olga Benchekroun et Maria Pia Tamburlini.
Jusqu'à présent 26 textes originaux ont été retrouvés: ils constituent le Fonds Elisa Chimenti, avec les originaux des œuvres éditées, quelques photocopies des œuvres éditées et d'autres inédites.
Il reste beaucoup à faire: d'autres œuvres apparaissent encore avec des documents et des écrits personnels, parmi les milliers de pages laissées par l'auteure.